Banksy

Banksy

Oui, oui, je sais, je me rends compte, ça fait une éternité que je n’ai rien publié. C’est pas l’envie qui me manque, puis je culpabilise d’avoir un blog et de ne pas l’alimenter… La faute à pas mal de petites choses : des remplacements au cours desquels je ne produis rien de particulièrement publiable, un deuxième enfant qui est venu agrandir la famille fin septembre, et peut-être un manque d’idées en ce moment.

Allez, assez de blabla inutile, on passe aux choses sérieuses ?

 

J’ai eu envie cette fois-ci de me lancer dans un projet différent, quelque chose de plus moderne que Botticelli ou encore de Vinci. Depuis un moment déjà, je voulais prendre le temps de bosser sur le Street Art, courant particulièrement porteur auprès des élèves, je les comprends !

Vous avez forcément entendu parlé de Banksy, le street artiste le plus connu et le plus mystérieux de la planète. Non ? Allez, une piqure de rappel alors !

 

La petite fille au ballon, Londres, 2002
La petite fille au ballon, Londres, 2002

Toute cette partie-là est écrite au conditionnel tant le mystère qui entoure cet artiste est grand. On ne sait à vrai dire pas grand chose de manière certaine. Il s’agirait d’un artiste britannique, originaire de Bristol où il apposa ses premiers graffs en 1993. Il serait né en 1974, aurait débuté au sein du collectif appelé Bristol’s DryBreadZ Crew et n’aurait pas fait d’école d’art.

Cependant, on ne sait rien de plus car il tient à rester anonyme et refuse la célébrité. Cette attitude correspond à l’esprit du graffiti, dont les auteurs agissent souvent dans l’illégalité, et leur permet d’échapper à la justice. Il y aurait des spéculations autour de l’identité réelle de Banksy, des clichés qui auraient été pris, des images de vidéo surveillance mais jusqu’à maintenant, le mystère demeure.

Son style est reconnaissable : il fait passer ses messages avec beaucoup d’humour et d’ironie, en cherchant à faire réfléchir le spectateur sur les non-sens du monde dans lequel nous vivons. Certaines sont pleines d’espoir ou d’espièglerie, mais la plupart sont surtout des messages forts.

L’essentiel de son travail est réalisé à l’aide de pochoirs. Il s’est approprié cette technique car elle permet de travailler vite et donc de ne pas se faire prendre sur le fait.

No love Waiting in vain

Bien que beaucoup de ses oeuvres se trouvent au Royaume-Uni, Banksy a également beaucoup voyagé afin que ses graffiti trouvent du sens à l’endroit où il les installe (oeuvres in situ). En un coup d’oeil sur le planisphère, on se rend compte qu’il a déjà pas mal bourlingué :

Ce que j’aime chez cet artiste, c’est que son art est engagé. Sous une fausse simplicité, notamment due à la technique qu’il utilise, il aime mettre le doigt sur ce qui dérange, attirer le regard là où personne ne prend le temps de regarder, et ose dénoncer pêle-mêle : les injustices, la guerre, la xénophobie, le sort des migrants, les restrictions de liberté, le consumérisme de masse, le marché de l’art qui frise parfois le ridicule et tous les excès, … tout en mélangeant humour et militantisme. On le qualifie d’ailleurs d’ARTIVISTE. C’est donc à travers le graffiti qu’il s’exprime la plupart du temps, souvent constitués d’un dessin choc accompagné d’un slogan percutant.

Son but est vraiment de faire réfléchir le spectateur.

Celui-ci a été tagué sur un mur la semaine précédant une élection au cours de laquelle un député d’un parti populiste était en passe d’être élu.

L’un de ses graffiti que je trouve le plus parlant est ce chaton, peint sur un mur au milieu des ruines de Gaza. « Quel lien ? », me direz-vous. Banksy a voulu attirer le regard sur ce qui se passe dans cette ville, et puisqu’aujourd’hui tout le monde regarde des chatons sur Internet, c’est ce sujet qu’il a choisi.

La transgression fait partie intégrante de la démarche de Banksy. On peut noter, parmi ses coups d’éclat, l’accrochage de tableaux factices dans des musées tels que le MoMA, le Metropolitan Museem of Art, au Tate Britain ou au British Museum. Certains musées ont d’ailleurs décider d’inclure ces nouveaux tableaux à leurs collections.

Banksy réagit donc à tout ce qui le touche ou le blesse dans le monde. Voici quelques exemples, avec un choix complètement arbitraire.

Fin 2015, Banksy s’est rendu à Calais afin de dénoncer les conditions de vie des migrants, et rappeler les bénéfices de l’immigration. On peut reconnaitre Steeve Jobs, le fondateur d’Apple dont le père était syrien, un baluchon sur l’épaule et un ordinateur dans la main. On reconnait aussi le tableau Le radeau de la Méduse, regardant un yacht passer au loin. Et sur la dernière image, on voit un enfant qui observe le chemin qui lui reste à parcourir pour atteindre son but, avec un vautour attendant son heure perché sur sa longue vue.

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En 2005, Banksy se rend dans la bande de Gaza afin de peindre sur le mur et dénoncer le blocus imposé par les pays voisins et protester contre le mur qui a été érigé.

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En octobre 2013, Banksy pose ses valises à New York. Son projet est de faire apparaitre une oeuvre par jour dans la ville. Et au cours de ce mois, quelques chanceux ont pu s’offrir un original pour 60 dollars (!!!). Dire que seuls 7 tableaux ont été vendus… Je vous laisse découvrir ce projet sur le site du Monde.

En 2015, Banksy a révélé sa dernière création : un parc d’attraction, promis comme étant le plus sinistre d’Angleterre.  Son nom, mêlant Disneyland et dismal (lugubre), ressemble à une fête foraine de l’apocalypse. Il s’agit d’une exposition regroupant 58 artistes et dénonçant le consumérisme mais le but est aussi « de poignarder le capitalisme et en particulier le monde fantastique de princesses et de poudre de fées construit par Disney dans le but de soutirer de l’argent aux familles et aux enfants » (http://www.banksy-art.com).

Le lieu a été choisi car cette ancienne piscine ouverte était celle où Banksy se rendait durant sa jeunesse.

Conformément aux codes du street art, cette oeuvre était éphémère (le parc a été ouvert du 22 août au 27 septembre) et lorsqu’elle a été démontée, la structure du parc a été envoyée à Calais afin de construire des abris aux réfugiés.

En encore quelques images qui donnent à réfléchir ou sont pleines d’humour :

 Pour en découvrir encore davantage sur son travail, un très joli livre que je me suis offert et qui nous plonge dans l’univers de l’artiste :

Banksy travaille donc au pochoir, ce qui lui permet de préparer la plus grosse partie de son travail en amont, en atelier, puis d’aller très vite au moment de peindre afin de ne pas se faire surprendre.

Voici des captures d’écran du film FAITES LE MUR, réalisé par Banksy en 2010, au cours duquel on voit le graffeur au cours des différentes étapes de son travail.

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Donc on récapitule : préparation d’un modèle réduit sur papier, reproduction de ce modèle sur du carton à l’échelle, découper les différents éléments, scotcher le carton sur le support et peindre.

On ne peut pas clore sur Banksy sans évoquer les spéculations qui entourent son identité. Plusieurs pistes sont évoquées : il pourrait s’agir d’un certain Robert Banks, originaire de Bristol, de Robin Gunningham ou encore de Robert Del Nadja, alias 3D, le chanteur du groupe Massive Attack.

Nombreux sont ceux qui ont tenter de percer ce secret, et la piste la plus récente est donc celle qui mènerait à 3D. Plusieurs faisceaux d’indices sont concordants : tout d’abord, le groupe et le graffeur sont originaires de Bristol. 3D a été street artiste avant de se consacrer à la musique, et a été l’un des premiers à introduire le pochoir dans cette ville. Ils seraient amis, en attestent les nombreuses collaborations entre eux (projet commun à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina, apparition de 3D dans Faites le mur, Massive Attack s’est produit à Dismaland, …). Et le groupe semble drainer Banksy dans son sillage : il a été mis en lumière que les dates et lieux d’apparition des graffs correspondaient aux concerts du groupe !

Mais surtout, il y a quelques mois, le DJ britannique Goldie a remis de l’huile sur le feu au cours d’une interview. Connu pour avoir tagué les murs de Bristol dans les années 1980 et 1990 avec Robert Del Naja, le DJ  parlait des prix astronomiques que peuvent atteindre aujourd’hui les œuvres de Banksy : « Si on prend une grosse lettre et qu’on la met sur un tee-shirt et qu’on écrit Banksy, c’est réglé… On peut le vendre. Sans vouloir manquer de respect à Rob. Je pense que c’est un artiste brillant, il a bouleversé le monde de l’art. »

Banksy et son art se retrouve dans le courant du Street Art (ou art urbain, art de rue). On pourrait le définir comme un mouvement artistique qui regroupe toutes les formes d’art réalisées dans la rue ou les endroits publics.C’est un art qui se veut engagé, rapide, parfois interdit et dont l’objectif est de faire passer un message. Il revendique une liberté d’expression. Le Street art n’est pas du vandalisme, même si d’après la loi, il s’agit de dégradations.

Ces artistes cherchent à contester, bousculer, déranger, revendiquer, interroger, soutenir des causes ou des systèmes en place.

Cet art se distingue à présent du graffiti traditionnel car les artistes ne cherchent pas à apposer systématiquement leur nom, contrairement au graff traditionnel qui cherche à marquer un territoire.

Une autre caractéristique est que sous cette forme, c’est l’art qui vient à la rencontre des spectateurs, et non eux qui se déplacent dans un lieu spécifique pour le voir.

Il s’agit d’une sorte d’art éphémère, il a une durée de vie limité, soumis aux intempéries, aux dégradations ou  même au recouvrement par le propriétaire du mur qui ne souhaite pas le conserver.

Le Street Art se compose de différentes disciplines :

Le sticker art :

L’affiche :

Les installations :

La mosaïque :

Intervention sur le mobilier urbain :

 

L’installation en origami :

La peinture :

Peinture en trompe-l’oeil :

Pour approfondir le street art, voici une lecture qui vous plaira à coup sûr ! C’est un gros coup de coeur : il est intéressant, abordable et permet de comprendre le mouvement. Il trouvera parfaitement sa place dans votre bibliothèque de classe :

Et du coup, préparer cette séquence m’a permis de découvrir des artsistes comme Oak Oak, Ernest Pignon-Ernest ou encore Jan Vormann, que j’ai trouvé particulièrement captivants, par leurs démarches ou leurs réalisations.

Pour aborder cet artiste, j’ai décidé d’utiliser un tri d’images : à l’aide d’un corpus, tenter de regrouper celles qui appartiennent au même artiste. Aux graffiti de Banksy, j’ai ajouté un graff du trio lyonnais Birdy Kids, un de JR et une affiche de Ernest Pignon-Ernest. L’idée est, à travers ce tri, de dresser une liste des caractéristiques du travail pictural de Banksy, à savoir :

  • Travail majoritairement en bichromie, aucun travail sur les nuances de couleurs ;
  • Motifs réalistes ;
  • Peu de détails ;
  • C’est du graffiti et non de l’impression sur affiche collée

Lorsqu’on a établi ces critères pour reconnaitre les pièces de Banksy, on montre de nouvelles photos et la classe doit argumenter afin de déterminer si Banksy en est ou non l’auteur.

On voit ensuite à la signification du travail de l’artiste, on découvre la manière dont il travaille au pochoir et on aborde le mouvement du street art, avant de passer à la trace écrite.

Les images qui servent au tri lors de la séance :

Pour avoir les images de la séance, agrandissez les vignettes et enregistrez les images.

      

 

La trace écrite (toujours sur le modèle de Cenicienta) :

Si vos avez des erreurs d’affichage (lignes blanches, images transparentes, …), télécharger le doc, ça résout le soucis d’affichage.

Pour la partie relation sensible à l’oeuvre, j’utilise cette aide :

En pratiques éclairantes, je propose de travailler sur 3 ateliers différents : le premier permettra de réaliser, à l’aide de Photofiltre, son portrait version bichromie, comme le fait Banksy, puis l’intégrer dans un paysage urbain. Pour cela, avec un portrait pris en ayant une lumière venant du côté, on va utiliser les fonctions Selection au lasso, Inverser la selection, Supprimer le fond, Réglages -> Bichromie (avec jeu sur le curseur), Couleur de transparence (choisir le blanc), Importer l’un des fond, puis coller le portrait créé dessus. Voilà le résultat :

Je mets en ligne le doc dès qu’il est prêt :

Les fonds qui serviront à cet atelier :

Le second atelier va permettre de réaliser un pochoir de son prénom, après une première recherche graphique ; l’idée est de l’écrire version « throw up ». On commence par montrer de nouveau le « blaze » de Banksy, puis à l’aide de modèles d’alphabets de graffiti, les élèves vont chercher et réaliser, d’abord sur papier, ensuite sur carton souple (genre boites d’emballage), une manière d’écrire leur prénom ou leur surnom. Il faudra garder à l’esprit l’idée qu’il s’agit de réaliser un pochoir. Donc, les lettres emboitées seront difficiles à faire. Une fois réalisé sur carton, il faudra l’évider façon pochoir. Pour cela, à voir en fonction de vos loulous mais le plus simple sera peut-être de les renvoyer à la maison et demander aux parents de gérer cette étape.

Enfin, dans le dernier atelier, il faudra transformer un portrait en travail en bichromie à l’aide de papier calque : identifier les zones claires et les zones sombres, les cerner, et les colorier en noir.

Voici un exemple de réalisations. Bon j’avoue, celles-là, c’est moi qui les ai faites :

J’ai choisi d’introduire cet atelier avec des images de tableaux célèbres réalisés par Banksy :

Pour réaliser cet atelier, il faut des images contrastées. Je vous conseille de les donner en noir et blanc, ça simplifiera l’analyse de la lumière. Deux documents pour cet atelier : des oeuvres choisies, et des portraits que j’avais déjà publiés dans la partie Ateliers de délestage (clic sur les images pour les ouvrir) :

La prep :

Si vous souhaitez investir le monde du street art avec votre classe, n’hésitez pas à partager vos idées, je les ajouterai : des liens vers les cybercollègues, des ressources pertinentes, etc…

Chez Gandalf, un article sur Space Invader :

Chez La Classe de chouette Mamaa, un travail sur Mademoiselle Maurice :

Dans le numéro de La Classe de mars 2014, on trouve une séquence au cours de laquelle on va détourner les panneaux de signalisation.

On retrouve l’article dans le doc ICI, aux pages 14 et 15, j’dis ça, j’dis rien…

Enfin, merci  à ceux qui seront arrivés jusque là !!!

19 réactions au sujet de « Banksy »

  1. ça y est , j’ai lu et c’est très drôle parce que je reviens de NY où j’ai pris plein de photos… Mon article est prêt mais il atteint le résultat en images des oeuvres de mes élèves ! Bref, d’ici qq temps, on sera donc complémentaires , c’est pas chouette ça…. bises mon filleau à toi et à ta petite famille

    1. Eh ben, j’ai hâte de voir le résultat ! Si ça t’interesse, j’avais pris en photo ceux qui m’avaient le plus plu aussi en y allant, si ça t’interesse, je te les envoie.
      Fais moi signe dès que ton article est en ligne que je fasse un lien !
      Des bises à toi aussi !

  2. Ben dis donc, tu ne publies pas souvent dis-tu ? Mais moi je vais te dire quelque chose : heureusement ! Quand on voit la qualité de tes articles, on est obligé de les lire jusqu’au bout (et on se précipite pour les lire). Comment pourrait-on faire si tu publiais plus souvent ? On ne tieindrait pas le coup, parce que moi, je viens de le lire ton article mais il faut que je le relise plus au calme pour bien profiter de tous les détails que tu donnes, pour bien admirer le travail de Bansky et je ne peux pas, mes corrections m’attendent, les paperasseries de la direction aussi…
    Allez, je te chine ! Merci pour ton travail, toujours de qualité, toujours très documenté. Grâce à toi, je vais devenir forte en art ! Surtout ne te fais aucun reproche, tu ne le mérites pas. Merci

    1. Merci Nannemiel ! Si tu savais comme des messages comme le tien me font plaisir !
      Ravi que cela te plaise, et d’apprendre que tu utilises mes ressources.
      Bonne semaine !

  3. Magnifique article ! Je l’ai dévoré ! Moi qui me sens si nulle en art visuel, ça parait si simple avec toi et tellement intéressant ! Mille mercis !

  4. Coucou Julie !
    Ou oui, je le connais, mais je n’ai pas voulu être trop exhaustif non plus dans sa présentation, il est tellement prolifique !
    Pas de soucis pour les autorisations parentales, je me suis fait une auto-décharge 😉

  5. Merci merci merci pour ce superbe article ! Je sais ce que je vais étudier bientôt en classe ! Et il faut que je refasse un tour dans tes précédents articles. Ton blog est dans les préférés.

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