Autoportraits en agamographes

Bonjour bonjour tout le monde ! Je mets (enfin) en forme un article sur un projet que j’ai en tête depuis bien longtemps. J’avais vraiment envie de proposer une réalisation sous forme d’agamographe, restait juste à définir le contenu. Et en cette période de rentrée, je suis parti sur des autoportraits.

Le terme « agamographe » vient de l’artiste Yaacov Agam, plasticien israélien et précurseur de l’art cinétique. Dans ces oeuvres, il faut que le spectateur se déplace afin de pouvoir observer l’image. Dans les faits, il s’agit, entre autre, d’images dont le support est plié « en accordéon » et qui se révèlent en fonction du point de vue.

Yaacov Agam
Yaacov Agam

Voici une vidéo de l’une de ses oeuvres intitulées Double métamorphose III, contrepoint et Enchainement (1968 -1969) :

Le but de ce projet est donc double : découvrir et réaliser un agamographe, mais aussi réaliser un portrait. Ou plutôt deux. Pour ça, j’ai choisi deux artistes dont on va s’inspirer afin de réaliser ces autoportraits : Julian Opie et Brno Del Zou. Le premier est un dessinateur anglais dans un style BD avec des traits épurés, alors que le second est un plasticien dont on utilisera la technique photo + collage. J’ai cherché des artistes inducteurs qui permettront de réaliser des autoportraits originaux et réalisables, avec un rendu sympa. Oui, je sais, la qualité de la réalisation en arts visuels ne se résume pas à un rendu agréable, mais c’est toujours plus sympa pour tout le monde quand on en est fier .

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est titre2.jpg.

Julian Opie a un style très épuré, dans lequel les traits des visages sont cernés de noir, la couleur est faite par larges aplats, les yeux sont réduits à des points noirs, la bouche se limite à un trait, et le nez à deux fentes.

Voici quelques exemples qu’on observera en classe :

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est titre3.jpg.

Brno Del Zou est un artiste français contemporain, photographe, sculpteur, vidéaste, concepteur de logiciels, créateur d’installations vidéo/son/interactives et c’est sa série de photosculptures qui m’a inspiré. A partir de plusieurs photographies d’un même modèle prises sous différents angles (face, profil, 3/4), il en assemble des morceaux à la manière des peintres cubistes pour constituer un portrait.

Les différentes étapes du projet ne correspondent pas forcément à des séances, chacune risque de déborder et de nécessiter plus de temps.

La première séance va permettre de découvrir le travail de Yaacov Agam, de comprendre comment fonctionnent ses oeuvres et comment les construire. On va aussi aborder la définition de l’art cinétique, et regarder comment d’autres artistes ont utilisé le même principe dans d’autres oeuvres.

On commence par montrer cette oeuvre, intitulée Nathan (1977). (Clic gauche sur l’image, puis Afficher l’image pour l’avoir en grand 😉 ) On la dévoile et on laisse les enfants s’exprimer : qu’est ce que je vois ? A quoi ça ressemble ? Qu’est ce que l’artiste veut nous montrer ?

Yaacov Agam, Nathan, 1977

On montre ensuite cette oeuvre-ci afin de creuser les caractéristiques mises à jour. Cette seconde image, Untitled (1974), est davantage contrastée et devrait faire progresser la compréhension de l’image. Amener les élèves à percevoir que 2 images sont mêlées, découpées en bandelettes et intercalées l’une dans l’autre.

Yaacov Agam, Untitled, 1974

Afin de dévoiler le principe de son travail, on montre ces deux vidéos, dont celle que j’ai mise plus haut. Dans ces oeuvres-là, il y a même une 3e image visible lorsque l’on est de face.

Double métamorphose III
Yaacov Agam, Trois dimensions, 1954

Vous trouverez chez Validées une affiche de l’artiste :

L’art cinétique

Yaacov Agam situe ce travail dans le courant très vaste de l’art cinétique. Il s’agit d’un mouvement apparu dans autour de 1910, qui induit un mouvement soit de l’oeuvre elle-même (grâce au vent, au soleil, à un mécanisme), soit un déplacement du spectateur. Ce mouvement repose sur la transformabilité de l’oeuvre et sur l’intervention du spectateur. Son corps est engagé dans la forme de l’oeuvre, et sa perception est au cœur de l’expérimentation. Parmi les plus connus, on peut citer :

les mobiles d’Alexandre Calder
Les oeuvres pénétrables de Jesus Rafael Soto
Certains travaux de Vasarely

Suite à cette découverte, je vous propose de laisser vos élève se familiariser avec les agamographes en réalisant l’activité proposée par Validées, et pendant ce temps-là, profitez-en pour réaliser les portraits photos de vos élèves.

Prises de vue :

Avant de se lancer dans la deuxième séance, il faudra prendre chaque élève en photo. Pour la suite du projet, il y aura besoin de 3 photos imprimées en A5 de chacun. Pour les prises de vue, voici quelques détails qui permettront de soigner le rendu :

  • mettez les élèves devant un fond uni, et si vous souhaitez soigner les détails, vous pouvez placer un éclairage par derrière vers le mur de manière à créer un halo,
  • prenez une photo en buste,
  • il faut 3 angles différents. Pourquoi pas une photo de face, une de profil et une de 3/4 (l’autre côté par rapport au profil). Mais on peut aussi demander de se mettre le corps de profil et la tête de 3/4,
  • placer votre appareil photo au niveau du cou de votre sujet afin de le mettre en valeur
  • si vous pouvez avoir un éclairage qui n’arrive pas dans l’axe, c’est encore mieux

Alors bien sûr, je n’ai pas suivi la moitié de ces conseils, c’est pour ça que je les indique 😛

Comme Julian Opie

Au cours de cette séance, on va découvrir les portraits de Julian Opie. Projeter les différents portraits en dessous, et laisser les enfants s’exprimer, trouver des caractéristiques communes.

Parmi les caractéristiques à dégager, on peut citer l’absence de détails, les contours cernés de noir, les grands aplats de couleur, les yeux qui se limitent à deux ronds noirs, le nez représenté par les narines, la bouche est un trait et elle ne sourit pas. Pour faciliter le travail, on coloriera les cheveux d’une seule couleur, sans reflets.
Pour la suite du travail, on prendra l’un des portraits qui aura été imprimé, puis on va placer une feuille blanche (75g/m², papier photocopie) dessus et les attacher à l’aide de deux trombones. En se plaçant devant une fenêtre, on va pouvoir décalquer le visage. Comme sur les portrait d’Opie, on va se limiter au strict minimum : le contour du visage, des cheveux, le cou, les pupilles des yeux, les narines, la fente des lèvres, les oreilles, et les accessoires.
Voici un rendu :

La mise en couleur se fait aux feutres. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler comment colorier:

  • toujours dans le même sens
  • on dégage les contours
  • ce sont les doigts qui bougent et pas le poignet
  • les mouvements ne dépassent pas 2-3cm et on déplace la main au fur et à mesure
  • ….

On s’intéresse cette fois-ci aux portraits de Brno Del Zou. On projette certains de ses portraits et on laisse s’exprimer. Les visages sont reconnaissables, mais ils ne sont pas réels, concrets, identiques à la réalité. On voit plusieurs bouches, plusieurs nez, plusieurs mentons, … Del Zou joue avec les différentes prises de vue afin de recréer un visage. Il joue aussi sur la taille des éléments du visage dans la photo, et insiste sur les yeux de ses modèles, le regard joue un rôle important. Aussi, les oeuvres de Del Zou sont des photosculptures et non un photomontage, les différentes photos sont chacunes collées sur un panneau différent.
Coté technique, on remarque les assemblages de photos qui sont superposées les unes par dessus les autres. On note qu’il ne reste pas de blancs entre les images, que les différents éléments du visages ne sont, sauf exception volontaire, pas coupés.
On peut évoquer un rapprochement avec le cubisme et les tableaux de Picasso.

La partie mise en pratique est délicate. Les découpes doivent être bien orthogonales, mais ce travail demande une anticipation, une projection mentale des éléments à associer qui n’est pas évidente.
Lors du travail de montage, de la Patafix sera drôlement utile ! Et pour les assembler, une feuille noire permettra de faire ressortir les contrastes.

Enfin, la dernière étape est la fabrication de l’agamographe. Pour cela, il faut un carton fin. J’ai pris un format 21 x 30 cm. Les 21 cm correspondent à la hauteur des portraits produits. Dans les 2 portraits réalisés, je n’ai gardé qu’une largeur de 12,5cm, de manière à faire dedans 5 bandes de 2,5cm. J’ai gardé une bande de 2,5cm aussi de chaque coté afin de permettre l’affichage. Afin que le carton se plie de manière nette, avant de le plier, je le marque à l’aide de extrémité d’un trombone.
Vient ensuite le moment délicat : il va falloir découper les portraits. Délicat car après s’être donné tant de mal, on a l’impression d’abimer une production qui pourrait se suffire, et délicat car la précision est importante. Si l’agamographe fait 2,5cm par bande, une découpe avec 2mm d’écart se verra.
Ensuite, on place les différentes bandes sur le support, on contrôle qu’elles sont bien dans le bon ordre, et on colle !

Et aujourd’hui ?

Cette dernière séance va venir ouvrir le paysage culturel afin de voir comment ce principe d’art cinétique est exploré.
Actuellement, ce principe de point de vue unique est utilisé par d’autres artistes. En voici quelques exemples :

Des peintures réalisées sur les contremarches des escaliers, ici à Morlaix.

Le travail de Felice Varini – Ici, Quatre disques dans le rectangle, Arras 2007

Le travail de Bernard Pras, et notamment son hommage au Facteur Cheval. Bluffant !

Pour finir, on se penche sur la trace écrite

Voilà voilà ! Je pense ne rien oublier. Comme d’habitude, c’est encore un article fleuve, alors je remercie celles et ceux qui auront pris le temps de lire jusque là 🙂

Il y a des coups de coeur auxquels on ne s’attend pas, et l’album Fourmi, de Cyril Houplain  a été une belle rencontre.

J’imagine que, comme moi, vous êtes complètement passés à côté de ce très bel ouvrage. Je ne vais pas m’étendre sur la côté littéraire de l’oeuvre, parce que c’est vraiment son intérêt visuel qui m’a plus. Fourmi, c’est l’histoire d’Alistair Burke (surnommé Fourmi en raison de son aptitude à se glisser partout), gamin des faubourgs londoniens de l’époque Victorienne. Son existence aurait été triste et morne s’il ne possédait pas le don de pouvoir apprivoiser les créatures qui croisent son chemin ! Son destin va l’amener à traverser l’Atlantique et à se rendre au far west, où il va monter un spectacle avec une colonie de fourmis qui lui permettront par la suite de voyager à travers le monde. Voilà pour l’histoire !

Mais du coup, c’est la partie graphique qui m’intéresse. Si vous avez agrandi le portrait, vous l’avez remarqué : l’ensemble des illustrations est réalisée par l’assemblage de minuscules fourmis !

Une fois n’est pas coutume, et ce sera une première sur le blog, voici une ressource Cycle 1. Elle n’était d’ailleurs pas destinée à atterrir ici mais…
L’an passé (oui, voyez comme je suis réactif en ce moment 😀 ), j’ai remplacé sur un quart de décharge en PS-MS-GS, et je me suis lancé dans un projet sur le Petit Chaperon Rouge. J’étais parti sur l‘Oralbum, de chez Retz, composé d’un album très grand format et d’un CD.

Mysticlolly avait déjà réalisé un superbe travail sur les Oralbum « Boucle d’Or et les trois ours » et « Le navet géant« . Je suis donc parti de son fichier modifiable que j’ai adapté à mon album. Je l’ai contactée il y a quelques jours pour lui envoyer ma contribution qui dormait sur mon disque dur, et elle m’a proposé de la publier ici. On va donc rendre à Mystic ce qui lui appartient : toute la démarche et les documents lui reviennent donc, de la mise en page aux activités, je me suis complètement appuyé dessus. Merci à toi !!

exploitation oralbum PS MS GS chaperon rouge

Attention, livre gros-coup-de-coeur à partager avec vous aujourd’hui !! Il s’agit de :

Découvert au fil de mes pérégrinations sur le web, je suis tombé sous le charme de ces réinterprétations d’oeuvres classiques. L’ouvrage est composé de 43 illustrations réalisées par des mangaka et illustrateurs japonais qui reprennent des monstres sacrés de la peinture : Van Gogh, Monet, Velasquez, Manet, Klimt, Vermeer, Picasso, Cézanne, Matisse… Ce croisement d’influences donne un résultat détonant !

« Ah ça y est, tu sors de ton trou ! Depuis le temps qu’on a rien lu de nouveau chez toi ! »

Oui… Oui, je sais, c’est vrai… Je suis de moins en moins prolifique sur le blog. J’ai parfois même l’impression de le laisser suivre son cours (sans que cela me satisfasse pour autant)… Mais tout va bien, je suis là ! Je sors donc de mon hibernation estivale pour vous parler d’un de mes peintres préférés, que je n’avais pas encore abordé jusque là.

Au passage, une repro de ce tableau est accrochée dans ma salle à manger 😀

L'arbre de vie Klimt arts visuels exploitationEn réalité, il ne s’agit pas d’un tableau, mais d’un triptyque tiré d’un ensemble bien plus large, et qui n’est en réalité qu’un travail préparatoire, on y reviendra par la suite. Ces trois parties s’intitulent respectivement L’Attente, L’Arbre de Vie et L’Accomplissement. Et bien qu’il soit connu de tous, il reste assez impénétrable.

 

L'arbre de vie Klimt arts visuels exploitation

Certes, on voit. On voit donc 3 personnages : une femme seule à gauche, un couple qui s’enlace à droite, et au milieu, un arbre dont les branches se déploient pour former des spirales. Ah oui, puis un piaf également, posé dans l’arbre. On peut noter aussi des formes étranges qui couvrent le tronc, une sorte de mycose artistique ? Qu’est ce qu’on dire de plus ? Des fleurs poussent au sol… Ah oui, les personnages ont l’air tout droit sortis du catalogue collection Automne-Hiver de chez Desigual. Mais à part ça…


Scroll to Top